Méta-fiction 1

8h15 du matin je sors enfin de garde à vue. Cette nuit a été longue. Beaucoup trop, et pour pas grand chose. L’action était tellement gentillette que les flics nous auraient à peine pris nos identités si nous n’avions pas été à ce point dans la provoc’. Mais bon… c’est si dur de garder son calme face à eux. Puis outrage à agent c’est pas si grave par rapport à la jouissance d’avoir craché au visage de cet enfoiré. Ça valait bien les quelques torgnoles en geôle.

Je regarde autour de moi, la petite place est complètement vide, pas de trace de Lomé, elle doit être encore à l’intérieur. Je me pose sur le banc public devant le comico, histoire de l’attendre. Une dizaine de minutes plus tard, la voilà sortie, grand sourire aux lèvres elle me rejoint sur le banc. Après le débrief de l’action d’hier, de la nuit au cachot, quelques cigarettes et des grosse barres de rire, Lomé reprend son sérieux et change de sujet :

« – Cette nuit j’ai pas mal repensé au labo-fiction de la semaine dernière, et je crois que je veux plus écrire des utopies, qu’elles soient ambiguës, pragmatiques ou j’sais pas quoi. »

Encore pris dans mon fou rire précédent, je lui réponds amusé :

« – Tu veux arrêter les ateliers ? Ou te mettre à écrire des capitalo-techno-mascu-dystopies ? »

Mais je vois qu’elle conserve son sérieux. J’arrête de rigoler.

« – Non pas du tout, j’aime trop ce médium de lutte, puis cette équipe de copaines est vraiment trop puissante. Juste je me demande si c’est vraiment pertinent… Si c’est vraiment comme ça qu’il faut faire. Je repense au livre que tu m’as prêté l’autre fois, Il faudra faire avec nous… de Lë Agary.
– Tu veux écrire le présent c’est ça ?
– Ouais ! Enfin le futur proche quoi. J’aimerais que l’on spécule sur la suite de nos luttes en cours ! Arrêter les utopies post-capitalistes trop lointaines. J’ai envie de concret… J’ai commencé à écrire dans ma tête cette nuit. Des scénarios de barjot, où l’on enlevait des promoteurs, où l’on faisait sauter des engins de chantier, et où on rentrait par effraction chez l’adjoint à l’urbanisme pour lui glisser des mots angoissants sous son oreiller. Puis après être bien partie en live, je me suis dit que c’était pas des spéculations à prendre seule et à la légère ! Que pour ce genre de proposition aussi importante il fallait une équipe autour d’une table, qu’il fallait une AG.
– On peut proposer ça jeudi soir prochain si tu veux. Ça serait une super occasion de faire rencontrer les toto de la cellule anti-gentrification avec les copaines du labo-fiction. Depuis le temps qu’on en parle !
– Ben non justement ! Se mettre autour d’une table pour spéculer sur nos actions futures, j’appelle plus ça un labo-fiction mais une stratégie de lutte. »

Je lui réponds enthousiaste :

« – Justement c’est parfait, on pourrait alimenter la lutte avec nos récits !
– Ouais… Mais on en fait quoi après de ces récits ? On les publie dans le recueil de fin d’année ? Tu vois pas le problème ? Sur Signal et RiseUp, téléphones planqués pendant l’AG, mais ça publie ses stratégies sur le net, des brochures, et une jolie édition prix libre disponible dans toute les librairies anar du coin !
– J’avoue… Comme quand on a abandonné l’idée d’écrire cette fiction sur le signal de B******* au moment où on a compris que B**** allait vraiment cramer l’antenne.
– Exactement. »

Elle a raison, surtout que je rêve de faire sauter un bulldozer depuis toujours, et que j’ai une super idée pour le message sous l’oreiller de l’autre enfoiré de l’urbanisme.

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<3 …

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J’aime beaucoup, merci pour cela @jean-baptiste ! Bien drôle, enfin, pas pour tout le monde j’imagine.

Proposition de titre : « Une bombe à mitardement »

ah, j’adore! merci pour la tranche de rire! <3

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