Bibliothèque

Quelques livres de référence…

Suite à notre conversation en vidéo avec @sabrina, je partage deux livres qui siègent dans la bibliothèque à OZR, l’un que j’ai déniché dans une librairie et l’autre mis au jour par @natacha que je n’ai pas encore lu…

Petit guerrier pour la paix

Ce livre raconte l’histoire des peuples autochtones de ce qu’il est convenu d’appeler la Guyane Française, qui n’a de française que l’oppression, la répression et l’invisibilisation des peuples qui l’habitent depuis bien avant le débarquement des européens sur ses côtes, le long de ses fleuves et jusqu’au plus profond de ses forêts. On y découvre le combat contemporain des autochtones pour la reconnaissance de leur existence, de leur droits, et de ceux des peuples autochtones du monde entier. Sous-titré « Les luttes amérindiennes racontées à la jeunesse (et à tous les curieux) » sa lecture est une traversée extraordinaire de situations peu connues en métropole.

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Un parcours bispirituel

Je laisse @natacha nous en parler…


Je serais intéressé par les trois bouquins dont tu m’as montré la couverture, @sabrina.

Razmig Keucheyan dans Hémisphère gauche (2013) identifie « un nombre significatif de théoriciens critiques de classe mondiale issus de la périphérie » :

C’est ainsi que certains des principaux penseurs critiques contemporains sont originaires des marges du « système-monde ». Parmi eux figurent le Palestinien Edward Saïd[1] (décédé en 2003), le Slovène Slavoj Žižek, l’Argentin Ernesto Laclau, la Turque Seyla Benhabib[2], le Brésilien Roberto Mangabeira Unger, le Mexicain Nestor Garcia Canclini, le Japonais Kojin Karatani, l’Indien Homi Bhabha[3], le Camerounais Achille Mbembe, le Chinois Wang Hui[4], ou encore le Péruvien Anibal Quijano[5]. Il ne fait pas de doute qu’à l’heure actuelle l’Europe continentale n’est plus, comme elle l’a été jusqu’aux années 1970, le principal producteur de théories critiques. Il est même probable que ce centre soit progressivement en passe d’échapper au monde occidental en général.


  1. cet auteur est particulièrement intéressant pour @zum : « He received an international academic fame after a typically post-structuralist book entitled “Beginnings: Intention and Method” (on the topic of the beginning and the impossibility of origin) » ↩︎

  2. Ômondieucétunefemme ! Bruits de flagellation :see_no_evil: :hear_no_evil: :speak_no_evil: ↩︎

  3. la page en anglais est plus élaborée, notamment elle introduit deux concepts qui peuvent nous intéresser :

    1. Hybridity:

      One of his central ideas is that of “hybridisation,” which, taking up from Edward Said’s work, describes the emergence of new cultural forms from multiculturalism. Instead of seeing colonialism as something locked in the past, Bhabha shows how its histories and cultures constantly intrude on the present, demanding that we transform our understanding of cross-cultural relations. His work transformed the study of colonialism by applying post-structuralist methodologies to colonial texts.

    2. Third Space:

      The Third Space acts as an ambiguous area that develops when two or more individuals/cultures interact (compare this to urbanist Edward W. Soja’s conceptualization of thirdspace). It “challenges our sense of the historical identity of culture as a homogenizing, unifying force, authenticated by the originary past, kept alive in the national tradition of the People.” This ambivalent area of discourse, which serves as a site for the discursive conditions of enunciation, “displaces the narrative of the Western written in homogeneous, serial time.” It does so through the “disruptive temporality of enunciation.” Bhabha claims that “cultural statements and systems are constructed in this contradictory and ambivalent space of enunciation.” As a result, the hierarchical claims to the innate originality or purity of cultures are invalid. Enunciation implies that culture has no fixity and even the same signs can be appropriated, translated, rehistoricized, and read anew.

    ↩︎
  4. pas de page Wikipédia en français – mais que fait Raffarin ! – et le moteur de recherche de son université ne répond pas… ↩︎

  5. pas de page Wikipédia en français. ↩︎

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Quelques livres téléchargés, partagés : http://frama.link/confinotheque-ping

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Vu la tendance française à « lutter contre le séparatisme », cet ouvrage de science politique semble approprié… J’ai posé en gras ce qui me paraît pertinent au cas Macroléon.

In Secession and Security, Ahsan I. Butt argues that states, rather than separatists, determine whether a secessionist struggle will be peaceful, violent, or genocidal. He investigates the strategies, ranging from negotiated concessions to large-scale repression, adopted by states in response to separatist movements. Variations in the external security environment, Butt argues, influenced the leaders of the Ottoman Empire to use peaceful concessions against Armenians in 1908 but escalated to genocide against the same community in 1915; caused Israel to reject a Palestinian state in the 1990s; and shaped peaceful splits in Czechoslovakia in 1993 and the Norway-Sweden union in 1905.

Butt focuses on two main cases—Pakistani reactions to Bengali and Baloch demands for independence in the 1970s and India’s responses to secessionist movements in Kashmir, Punjab, and Assam in the 1980s and 1990s. Butt’s deep historical approach to his subject will appeal to policymakers and observers interested in the last five decades of geopolitics in South Asia, the contemporary Israeli-Palestinian conflict, and ethno-national conflict, separatism, and nationalism more generally.

Je viens juste d’écouter l’émission de Vorttex et Rotative sur Becky Chambers, vraiment envie de lire ce roman qui parle de collectif d’interesp(a)èces, d’univers qui je crois vont m’enrichir.
:slight_smile:

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Est-ce que tu l’as déjà commandé ? Veux-tu le lire en anglais ou en français ?

oh ben justement j’en parlais je vais aller le chercher en Anglais à Libre Book

Je demande parce que j’aime l’idée de lectures parallèles. Je tente mais le l’instant je suis seul, alors je veux bien faire une passe… Dis-moi ce que tu choisis…

Barbara Stiegler, De la démocratie en Pandémie - Tracts - GALLIMARD - Site Gallimard

La série Tracts propose des textes courts à prix modique sur des sujets d’actualité. Celui-ci est sorti en janvier 2021. Il s’agit selon son auteure d’un texte « né d’une longue conversation entre collègues, chercheurs, enseignants, étudiants, soignants, citoyens, proches et amis, qui ont tenté d’élaborer ensemble, depuis neuf mois, la compréhension de ce qu’ils sont en train de vivre. » Cela rejoint donc la démarche de #prendre-soin et je vous en livre ici quelques extraits qui ne vous dispensent nullement de sa lecture en entier. Il s’agit plus, pour moi, de me souvenir des phrases ou paragraphes qui m’ont parues particulièrement intéressants. Elle ouvre sur une citation de Richard Horton, rédacteur-en-chef du Lancet qui déclarait en septembre 2020 dans son éditorial « Covid-19 is not a pandemic » que le Covid-19 n’est pas une pandémie, mais une syndémie. L’auteure résume ce concept :

Il s’agit plutôt d’une « syndémie », d’une maladie causée par les inégalités sociales et par la crise écologique entendue au sens large.

Tout au long du développement de son discours, elle fait référence à l’historien Marc Bloch « L’Étrange défaite », écrit en 1940, publié en 1946, et dont les mots résonnent avec notre situation contemporaine de manière édifiante. « Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. »

Il devint ainsi ainsi « légal » d’empêcher un malade du cancer en fin de vie de voir une dernière fois ses amis, d’isoler des patients en dépression ou des vieillards en EHPAD de tout contact humain, de refuser à un mourant d’embrasser ses proches avant le trépas, d’obliger une parturiente à traverser les douleurs de l’accouchement en s’étouffant dans son masque, de renvoyer des enfants battus chez leurs parents maltraitants. »

ce nouveau « sens civique »

En Pandémie, un nouvel ordre moral se mit à régner, dans lequel il était normal d’abandonner à leur sort les plus précaires au nom du respect des plus fragiles. Sous les habits du civisme, les foyers confinés étaient en réalité encouragés à se replier sur eux-mêmes pour se protéger, « eux et leurs proches », tout en continuant à poursuivre sur Zoom la course compétitive entre agents égoïstes pour la conquête des meilleures places. De sorte qu’on put se demander si ce virus ne réalisait pas finalement le rêve ultime des néo-libéraux : chacun, confiné seul chez soi devant son écran, participant à la numérisation intégrale de la santé et de l’éducation, tandis que toute forme de vie sociale et d’agora démocratique était décrétée vecteur de contamination.

Car à l’Université aussi, nous étions en Pandémie, c’est-à-dire dans un monde où l’on n’avait plus le temps de s’embarrasser avec la démocratie.

une « loi de programmation de la recherche » (LPR) qui affichait son ambition de redonner des moyens à la science

Au lieu de soutenir la science comme une enquête collective sur les causes de nos problèmes et sur les processus de long terme dans lesquels nous étions impliqués, ce projet de loi entendait parachever sa mise sous tutelle par le monde économique et politique, accélérant une dérive qui avait commencé à se généraliser dès les années 2000 en Europe. En choisissant de la soumettre intégralement à la logique court-termiste des « appels à projets », elle plebiscitait ce qui justement avait désarmé la recherche française sur les coronavirus en même temps que celles sur les zoonoses, jugées à l’époque peu rentables sur le marché de la « valorisation ». Victimes du « solutionnisme technologique », des secteurs entiers de la recherche fondamentale et appliquée, mais aussi l’ensemble des savoirs critiques qui n’avaient rien à vendre sur le marché, étaient progressivement réduits à la misère, depuis des années déjà, par un pilotage managérial de la recherche du même type que celui qui avait désarmé l’hôpital, au nom de l’accélération des rendements et de l’innovation.

les tenants de l’Ancien Régime avaient décidé, pour que rien ne change, de retirer toute perspective d’avenir aux jeunes générations.

Un monde où l’injustice et l’arbitraire s’étalaient au grand jour et où les citoyens, même les plus raisonnables, avaient pris le parti de ne plus trop respecter les lois, tant elles leur semblaient iniques et incohérentes. […] Du couvre-feu à l’article 24 en passant par le fichage pour opinion politique, [les] incessantes transgressions [du gouvernement] produisirent finalement l’effet contraire, celui d’un réveil politique des citoyens pour défendre les libertés publiques.

Conclusion : un appel à entrer en résistance

Mais nous pouvons aussi tenter de nous unir, avec quelques autres, pour constituer des réseaux de résistance capables de réinventer la mobilisation, la grève et le sabotage, en même temps que le forum, l’amphithéâtre et l’agora. En s’y mettant à plusieurs, ici et maintenant, en ouvrant en grand nos institutions à tous les citoyens qui, comme nous, sont convaincus que le savoir ne se capitalise pas, mais qu’il s’élabore ensemble et dans la confrontation conflictuelle des points de vue, nous pourrions peut-être contribuer à faire de cette « pandémie », mais aussi de la santé et la l’avenir de la vie, non pas ce qui suspend, mais ce qui appelle la démocratie.

Le Réalisme capitaliste

par Mark Fisher

Chez Éditions Entremonde - Le Réalisme capitaliste

Comment on l'attaque ?

Le réalisme capitaliste ne peut être attaqué que si l’on démontre d’une façon ou d’une autre son inconsistance ou son caractère indéfendable ; c’est-à-dire si ce qui est apparemment « réaliste » dans le capitalisme s’avère n’être rien de tel.(p.23)

Comme l’ont répété nombre de théoriciens radicaux, de Brecht à Foucault et Badiou, toute politique émancipatrice doit invariablement détruire les apparences d’un « ordre naturel », montrer que ce qui se présente comme nécessaire et inévitable n’est qu’une simple contingence, tout comme elle doit faire en sorte que ce qui était auparavant qualifié d’impossible semble à portée de main. (p.24)

Sur la maladie mentale

La pensée dominante actuelle n’admet pas que la maladie mentale puisse avoir des causes sociales. La réduction de la maladie mentale à des processus chimiques et biologiques est bien entendu tout à fait à la mesure de sa dépolitisation. Considérer la maladie mentale comme un problème biochimique individuel est source d’avantages énormes pour le capitalisme. Tout d’abord, cela renforce la tendance à l’individualisation atomistique (vous êtes malade à cause de la chimie de votre cerveau). Deuxièmement, cela ouvre un marché fabuleusement lucratif sur lequel les multinationales pharmaceutiques peuvent vendre leurs produits (nous pouvons vous soigner avec nos antidépresseurs, nos inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine). Il va sans dire que les troubles mentaux sont instanciés neurologiquement, mais cela ne dit rien de leur cause. S’il est par exemple vrai que la dépression se manifeste par de faibles niveaux de sérotonine, reste encore à expliquer pourquoi certains individus manifestent de tels niveaux. Cela exige une explication sociale et politique : la repolitisation de la maladie mentale doit être une priorité pour la gauche radicale si elle prétend remettre en cause le réalisme capitaliste. (pp.46-47)

Lacan : « Les non-dupes errent » (Séminaire XXI, 1973-1974)

Baudrillard : Abolition du symbolique → hémorragie du réel.

Je laisserai là les citations pour me contenter de ce commentaire : oui, le réalisme capitaliste est un concept opérant, et comme le dit Lacan dans son Séminaire, le Réel, le Symbolique et l’Imaginaire se confondent ; l’action entreprise à THX de montrer des alternatives à l’hégémonie capitaliste offre autant de voies que de récits pour contribuer à l’effritement de ce réalisme automate.

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