Récit 8 Open PMA

De la part de @lula @Milouchkna @natacha

Lieu

Un village des Apenins en Italie

Personnages

Une vielle paysanne herboriste Sara
Une femme dans la 40aine qui a quitté la ville depuis quelque temps et a vécu avec différentes communautés Jo
Un collectif de femmes certaines lesbiennes qui montent un biohacklab

Histoire

Sara est déjà agée et aimerait transmettre sa ferme et ses connaissances. Son mari n’est plus là et ses filles sont parties vivre à l’étranger.
Jo est Russe née à Moscou, elle est passionnée par l’Italie depuis longtemps et parle italien, elle a déjà vécu dans différentes communautés en Europe et souhaite rester en Italie où vit sa fille. Jo rencontre Sara qui vend sa pâte de chataigne sur le marché.
Découvrant les connaissances de Sara et sa situation elle est curieuse, elles deviennent amies et Jo s’'installe rapidement sur la ferme.
Jo se rend alors compte de la complexité de la situation de Sara et de tout le travail à faire sur la ferme, nottament avec les animaux.

La fille de Jo la rejoint en visite avec sa bande d’amies, les amies décident de rester s’installer sur la ferme de Sara pour y organiser ce projet de communauté et de hacklab/biohacklab qu’elles menaient en ville jusque là.
Il y a 4 personnes qui habitent la maison au départ (en comptant Sara) mais peu à peu d’autres personnes rejoignent le projet.
Le laboratoire d’herboristerie sera agrandi et reconverti en Biolab, le Hangar des machines devient un Hacklab.

Parmi les objectifs du collectif il y a l’exploration des conditions d’une parentalité collective et intergénérationelle. L’échec du projet de parentalité “traditionnelle” avec le père de la fille de Jo a nourri son désir de dépasser ce cadre; les jeunes, issues de milieux militants anarco+queer, remettent en question tout un système de dominations imbriquées dont la famille biologique hétéro. Iels cherchent aussi à sortir du capitalisme urbain, de la surveillance et de la médicalisation de la vie, en se forgeant des espaces d’autonomie en milieu rural.

En ville les jeunes s’étaient rencontrées sur un projet d’auto+gynécologie qui avait débouché sur la naissance d’un biohacklab féministe. Ensuite le squat qui hébergeait ces projets a été expulsé, elles se sont donc décidées à partir. Le rëve de l’une, biologiste, est le développement d’une OpenPMA dans une perspective d’autonomie réproductive pour toustes.
Dans le contexte d’un petit village rural touché par un long processus d’abandon, les questions de transmission & reproduction sont vitales.

D’autres enjeux politiques s’imposent: le véganisme, pratiqué en ville en opposition à l’industrie alimentaire et à la grande distribution, ne fait pas de sens pour Sara dans ce contexte de vie collective en colline. Les jeunes entendent sa défense de l’importance de l’élevage sur ce territoire mais ont du mal à repenser leur positionnement antispéciste face à cette communauté.

Nourrir des relations : travail préliminaire de description des relations. Show don’t tell

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Je pense ici à trois/quatre livres qui pourraient servir comme inspiration:

L'École des soignantes - Martin Winckler - Babelio (pour le côté soin en collectif)

Autour d'elles, tome 1 - Shino Torino - Babelio (famille non nucléaire)

Tabor — Le Sabot - Art et littérature de Sabotage (un peu similaire à ce qu’on veut explorer ici mais en version post-apo)

http://www.editions-goater.org/livre/une-femme-au-bord-du-temps/ (à voir mais peut être intéressant)

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Belle histoire !

Nos récits se croisent ! Sara et Zoé s’entendraient sans doute et auraient beaucoup à partager sur le plan de l’herboristerie.

Il y a là aussi des moyens de croiser…

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L’histoire ici racontée fait écho, chez moi du moins, avec “ Do-It-Together: Feminist Reconfigurations of Hacking in Montreal“ (de 2012 à 2016). Un formidable thèse par le récit, et très agréable à lire, de Kristina Haralanova.

librement accessible :

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#1
Pleine lune. J ecris a la fenetre, je ne reconnais que la grande ourse, pourtant je sais qu’en sortant de la maison un ocean de constellations s’ouvrirait sur moi. Ca fait presque deux semaines qu’on a commence l’installation a C. Heureusement que Sara et Jo ont pu nous aider avec le demenagement, on a desormais bouge la plupart des affaires, meme s’il en reste encore chez des potes a Bologne.
Je n’ai pas reussi a ecrire plus tot, pas de chambre a moi jusque la… ce soir Mou est parti.e en soiree, iel avait besoin de retrouver des reperes familiers parmi tous ces bouleversements. Cela doit bien faire un mois que j’ai pas ecrit une seule page; entretemps le squat a ete expulse. On s’y attendait de toute facon. J’etais pas la a 6h30 mardi 5, on etait chez Mou. Ca a ete dur dur. La ville m’est devenue fatalement insupportable, apres quelques jours de contestations aupres de la mairie et de la station de police, on s’est toustes barre.es en montagne. On a fait des rituels que Mou et Clara nous ont proposes, je pleurai de rage et en meme temps je me sentais mieux, j’etais sur.e de moi, de nous, nos projets faisait encore plus de sens maintenant qu’il fallait tout repenser.
Apres quelques jours de camping sauvage avec les autres, on s’est retrouve.es a troix, moi Mou et Isa, chez sa mere a C. Isa nous a annonce qu’elle va retourner au Kurdistan, elle ne sait pas pour combien de temps. Moi je pourrai pas aborder la question comme ca avec ma famille, j’ose meme pas imaginer leur reaction, alors que Jo a juste pris Isa dans ses bras… un sourire aux levres les yeux lucides.
C’est a ce moment la que je me suis tourne.e vers Mou et j’ai reconnu chez elle mes propres sentiments le desir d’un tel amour a la fois filial, sororal, amical, charnel. Le desir d’une famille de complices politiques et affecifs. Le lendemain Isa est partie a Turin, nous on a beaucoup discute avec Jo de la vie sur la ferme avec Sara, la vieille femme qui est proprietaire du lieu et dont tout ce que je savais c’est qu’elle etait herboriste. Jo a rencontre Sara sur le marche de C, c’est la seule personne qui n’a pas oublie les chataignes du village et qui en fait une pate delicieuse /en open source! je vais recopier la recette plus bas/ a laquelle je suis devenu.e accro depuis. Elles se font du bien l’une l’autre, Jo en ramenant des nouvelles energies a la maison, tombee dans un sombre etat apres la mort de Pino /le mari de Sara/; Sara en donnant un cadre sur et tranquil a l’esprit toujours inquiet de la plus jeune.
Ca m’a un peu rappele ma relation avec Mou, quoique c’est plus complique quand les corps se rencontrent dans l’intime. Jo n[code font Li]'a pas manque de nous partager leur problemes aussi, la sensation d’isolement en premier. Jo a quitte Moscou /sa ville de naissance/ a 21 ans, en coupant tout pont avec une grosse partie de sa famille biologique. Elle a rencontre le pere d’Isa sur une ferme autogeree en France, ca c’est pas bien termine. Elle s’est encore retrouvee seule /presque/, heureusement qu’Isa etait la. Jo nous a demande qu’estce que c’est que la famille d’apres nous.
Je n’ai pas su quoi dire. J’ai l’impression d’en avoir plusieures. J’espere que celle ou je me suis le plus investi.e au cours des dernieres annees va survivre a l’expulsion du squat, peutetre en se reconstruisant ailleurs, peutetre en integrant des distances physiques entre nos corps.
Jo etait super intriguee par nos projets d’autogynecologie et de biohacklab feministe. J’ai senti l’idee germer dans mon esprit au fur et a mesure qu’on parlait avec Jo, la seve couler l’etale voir le jour le bourgeon apparaitre la fleure s’eclore! Pourquoi pas… ici?

#2
Je comprends pas trop mais bon. Vous savez ce que vous faites j’imagine, hein? Moi je peux assurer la partie herboristerie, je vous le dis encore une fois, c’est du boulot. Lire les bouquins ca suffit pas, il faudra faire avec moi d’abord au labo, je vais vous mettre au boulot.

C’est bon Sara, j’y ai passe 5 ans a la fac, je sais comment ca marche.

C’est pas pareil avec les plantes ma cherie, tu verras. Puis t’as jamais fait de la distillation. Alors c’est pas pour toute suite avec la flore qu’on a la, il va falloir attendre l’ete pour l’hypericum, la lavande ETCAETERA. Vous allez voir ca prends du temps, et surtout beaucoup d’eau. C’est ca qui m’inquiete le plus en vrai.

C’est quoi nos priorites en termes d’huiles essentielles? On pourra en faire combien avec les reserves d’eau qu’on a prevu?

Ca depend des plantes, encore une fois. Grosso modo ETCAETERA

C’est chaud.

Ben oui avec ce climat la… c’est chaud. C’etait pas comme ca avant.

Meme s’il y a pas assez d’eau pour faire toutes les huiles essentielles qu’on aurait aime il y a toujours l’huile de tournesol de la nouvelle voisine…

Maria qui s’est installee pas loin de la gare…

…pour faire les oleolites.

Mais c’est pas les memes proprietes therapeutiques, si?

Ben oui tu as raison, c’est pas pareil. On fait ce qu’on peut quoi. On fera le point au printemps.

Excusez moi, j’aimerais revenir sur la question du biolab. Est ce qu’on l’installe dans le labo de transfo finalement ou pas?

Oui on se disait avec Mou qu’est c’est un peu petit, on pourrait ptetre partager le hangar en deux parties, hacklab et biolab?

Ca me parait bien. Mon labo de transformation je l’aime bien comme ca moi. Je comprends pas trop vos histoires de hackbiolab mais bon, je vous laisse vous debrouiller avec tout ca hehe. Faites ce que vous voulez de cet hangar, mais il faudra le vider et le retaper d’abord. Moi j’ai pas le temps dans les semaines qui viennent. Vous pouvez demander de l’aide a Maria ou Adri.

Les copaines de Bolo sont chaudes pour venir filer un coup de main, j’ai eu Clara au telephone ce matin.

C’est bien. Elle habite ou maintenant Clara?

Elle squatte chez un.e pote qui a accueilli plusieures personnes apres l’expulsion. Elles se sont barrees de la ville elles aussi.

Jo, qu’est ce que t’en penses de cette idee de partager le hangar?

Ben j’avoue que j’aimais bien l’idee d’avoir un grand espace pour bricoler. On pourrait envisager la construction d’une cabane aussi, histoire d’avoir un espace de stockage dedie, sinon on va finir par se faire coloniser par les pieces de recup comme dans pas mal des hacklab que j’ai connus.

Moi j’suis chaud.e de construire! On se fait une mission pallet un de ces quatres?

Vous pouvez prendre la voiture collective, moi je pars demain avec la mienne.

Ah bon?! Tu vas ou?

Je vais chercher des vieux Raspberry a Milan demain, j’en profite pour passer voir les copaines du hacklab et du makerspace. Je serai de retour dans 4%5 jours du coup.

Tu veux pas passer voir Z au Kinlab aussi? Elle repond pas a mes mails, je sais pas si elle est au courant de l’expulsion du biohacklab…

Forcement qu’elle est au courant!

Je la connais pas personnellement Z.

Pas sur qu’elle soit en Italie la. Il y avait pas un camp Hackteria chez les suisses?

Ah oui il y a moyen.

Je comprends rien a vos biokinkylab moi. C’est quoi Hackateria?

Hahaha pardon Sara. Hackteria c’est un reseau de biohackers, de personnes qui aiment bidoullier avec les corps et les tech. Comme ce qu’on veut faire ici, nous.

Comme on faisait deja au squat.

Ce truc de PMA la?

OpenPMA, le but c’est que ca soit effectivement accessible au plus grand monde possible. C’est pour ca qu’il faut ouvrir la recherche la dessus. Et ca va pas se passer dans les labo universitaires.

Ben moi je suis pas passee par la fac pour avoir mon diplome d’herboriste a l’epoque. Mais c’etait different. Maintenant j’ai l’impression que vous etes oblige.es de passer par l’universite pour tout et n’importe quoi.

Justement, nous on essaie de faire autrement.

Mais avec quels moyens? Vous voulez faire de la recherche universitaire sans les moyens des institutions? Vous etes courageuses les filles.

Je ne suis pas une fille. Mais pour revenir a ta question, oui, c’est un peu ca le jeu. Et la question des moyens elle est pas negligeable, evidemment. D’abord on a commence par un historique de la fecondation artificielle et par lire la litterature disponible sur la PMA.

Il y a des romans sur ca?

On parle de litterature academique, scientifique. Tous les articles qui sont publies dans des revues specialisees, proprietaires et inaccessibles au grand public. Heureusement qu’il y a des pirates pour ouvrir leurs serrures numeriques.

C’est bien complexe tout ca pour moi. Mais vous avez l’air plutot sur de vous memes. Ca fait plaisir de voir des jeunes engage.es. Et je vais m’habituer a cette histoire du genre aussi, excuse moi Li. Je vais y arriver.

On va y arriver ensemble.

Bon, je propose de commencer par l’apero deja? Avant que le soleil se couche!

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J’aime beaucoup comme tu amène la conversation en passant des dialogues aux descriptions personnelles.
c’est très vivant et chouette.
Je trouve cependant que la question de l’Open Pma arrive un peu vite pour moi elles commencent par faire le hacklab et réfléchssen à leur oranisation communautaire, aux manières de vivre ensemble, et c’est ensuite seulement que se pose la question des enfants et que vient la proposition d’envisager de mettre en place une recherche sur une Open PMA

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Merci pour la ref - et toute les autres !!
Je viens de la commander dans ma librairie pref’, j’ai hâte

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j’adore, surtout la discussion! (faudra mettre des tirets de dialogue plus tard)

et comme le dit @natacha, un chouia rapide en terme de rythme. une idée pourrait être de rajouter une partie réflexions entre les deux parties?